Le 30 janvier 2026, aux Abymes, le professeur Jean-François Delfraissy, président du CCNE, a lancé les États généraux de la bioéthique 2026 : l'occasion de mettre sous les projecteurs la thématique de « la santé en outre-mer » avec, en Guadeloupe, un focus sur le don d'organes et la transplantation rénale.
10 h 30, vendredi 30 janvier aux Abymes. Dans la salle, les échanges vont bon train lorsque le professeur Jean-François Delfraissy, président du CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique), prend la parole. Autour de lui, responsables institutionnels (1), représentants des usagers, autorités religieuses et professionnels de santé ont répondu à l’invitation pour ouvrir la séquence guadeloupéenne des États généraux de la bioéthique (EGB) 2026.
La matinée s’ouvre avec les interventions de Dre Florelle BRADAMANTIS, directrice adjointe de l’ARS (agence de santé), puis de la Dre Corinne SAINTE-LUCCE, directrice adjointe de l’EREGIN. Monsieur Jean-François Moniotte, sous-préfet de l’arrondissement de Pointe-à-Pitre, s’est exprimé avant l’allocution du président du CCNE. Le Dr Roland Lawson, médecin réanimateur et responsable de la coordination hospitalière du prélèvement d’organes et de tissus au CHUG est également intervenu.
Consultation publique organisée sur l’ensemble du territoire national par le CCNE, les États généraux de la bioéthique ont pour vocation de recueillir la parole des citoyens afin d’éclairer la prochaine révision de la loi attendue à l’horizon 2028.
Officiellement ouverts le 21 février dans l’Hexagone, ces États généraux entendent associer largement les citoyens aux choix de société soulevés par les progrès médicaux et scientifiques. Nouveauté cette année, la santé en outre-mer figure parmi la liste des thématiques (2). « La voix des ultramarins sur les enjeux de santé et de bioéthique n’est pas suffisamment visible à l’échelle nationale » explique le professeur Jean-François Delfraissy. « Ces territoires ont des réalités spécifiques — accès aux soins, héritage culturel, diversité des pratiques de santé, défiance envers les autorités, multiculturalisme —qu’il est essentiel de prendre en compte dans le débat. »
« Enjeux culturels et religieux »
Ici, l’Espace de Réflexion Ethique de Guadeloupe et des Îles du Nord (EREGIN), chargé de décliner localement la consultation populaire, a choisi une porte d’entrée à la fois concrète et sensible : le don d’organes, avec en toile de fond la transplantation rénale, seule greffe pratiquée aux Antilles-Guyane.
« En Guadeloupe, comme en Martinique, nous devons améliorer la confiance de la population vis-à-vis du don », poursuit le professeur « car les chiffres, sans être propres à l’outre-mer, y prennent une acuité particulière. Le nombre de dons d’organes en Guadeloupe est insuffisant pour la demande. C’est également le cas sur le territoire français, mais c’est particulièrement marqué ici. Et le nombre de refus des familles est aussi assez élevé. Les États généraux sont pensés pour ouvrir cet espace de dialogue, mettre sur la table les questions des citoyens, expliquer ce qu’est et ce que n’est pas le don d’organes et faire avancer les choses », explique le professeur Delfraissy.
Dre Corinne Sainte-Luce, directrice adjointe de l’EREGIN, détaille, quant à elle, les défis et enjeux propres à la région. Elle insiste notamment sur l’importance de traiter le don d’organes comme « un miroir des problématiques de santé en outre-mer ». « La thématique du don d’organes cristallise la plupart des défis que nous rencontrons : l’accès aux soins spécialisés, limité par les contraintes humaines, géographiques et logistiques ; les inégalités d’information et de sensibilisation qui freinent la mobilisation des citoyens ; les enjeux culturels et religieux qui influencent profondément les décisions de don ; et la nécessité d’une coordination renforcée entre acteurs locaux, régionaux et nationaux ». Elle rappelle que le don d’organes dépasse la seule question médicale : « C’est un sujet où se rencontrent la santé publique, l’organisation des soins, les trajectoires de vie… et des valeurs et questions très profondes comme la solidarité, la confiance, la justice, la place des familles et le rapport au corps. »
Dans les semaines à venir, la déclinaison locale des EGB, pilotée par l’EREGIN, prévoit une série de rencontres ouvertes au public : ciné débats, échanges avec des professionnels de santé, rendez-vous à Saint-Martin ou encore webinaire en partenariat avec un espace éthique de l’Hexagone (voir programme). Autant d’occasions pour la population de s’informer, de partager ses interrogations et de contribuer directement à la réflexion nationale.
Au terme de ces rencontres, l’ensemble des contributions recueillies dans les territoires sera compilé dans une synthèse nationale. Celle-ci permet de faire remonter les enjeux éthiques identifiés—et parfois controversés— au plus près des réalités locales, dans l’objectif d’éclairer la réflexion collective sur l’avenir des lois de bioéthique.
« Nous allons écouter à la fois les citoyens, la communauté scientifique et les grands courants de pensée, précise Jean-François Delfraissy. L’idée est de comprendre ce qu’ils attendent, ce qu’ils souhaitent voir évoluer— ou ne pas voir changer — dans la future loi. » Cette démarche s’inscrit pleinement dans le principe d’ouverture, de pluralité des points de vue et de transparence qui fonde les États généraux : toute personne ou organisation peut participer et exprimer son point de vue.
Ce travail donnera lieu à un bilan des États généraux publié à la fin du mois de juin 2026. Le CCNE rendra, vers novembre, un avis, élaboré à partir des synthèses régionales et des contributions écrites ou orales. Cet avis constitue un repère pour le législateur, en amont de la révision de la loi. « Les signaux envoyés par les outre-mer seront pris en compte », assure le président du comité.
Programme des actions de l’EREGIN en Guadeloupe
-18 mars à 18 h 30 : ciné-débat au D’arbaud à Basse-Terre : projection du long-métrage « Réparer les vivants » de Katell Quillévéré (2016).
-25 mars à 18 h 30 : ciné-débat au Cinéstar des Abymes : projection du long-métrage « Réparer les vivants » de Katell Quillévéré (2016).
-1er avril : Echanges autour du don d’organes à la clinique Wataki à Saint-Martin (tout public).
-10 avril, de 12 à 14 heures : webinaire organisé en partenariat avec l’espace de réflexion éthique du Grand-Est et animé par l’EREGIN (tout public).
Président de la conférence de la santé et de l’autonomie, doyen de la faculté de médecine, agence de biomédecine, membres du bureau de l’EREGIN et membres du conseil d’orientation (CO) de l’EREGIN.
Thématiques 2026 : examens génétiques et médecine génomique, neurosciences ; cellules souches et organoïdes ; transplantation d’organes et xénogreffes ; procréation ; santé, environnement et climat ; numérique, IA et santé ; sobriété en médecine, nouveaux enjeux de la prévention en santé.