Intégrer le conseil d’orientation (CO) d’un espace de réflexion éthique ne repose pas seulement sur des compétences, mais surtout sur un savoir-être — écoute, humilité, sens du dialogue et du collectif. Pour renouveler son CO, l’EREGIN a valorisé ces qualités à travers un recrutement exigeant et des ateliers d’intégration inédits.
En janvier 2025, l’EREGIN a lancé une campagne de recrutement sur l’ensemble du territoire pour renouveler les membres de son conseil d’orientation (CO). Instance stratégique et consultative, le CO, conformément à l’arrêté ministériel du 4 janvier 2012, a pour mission de définir les grandes orientations scientifiques et thématiques de l’espace de réflexion éthique, en lien avec la direction et les équipes chargées de les mettre en œuvre. Les membres du CO s’impliquent également dans des actions concrètes— groupes de travail, interventions publiques, comités de pilotage—qui permettent de donner vie à cette politique éthique.
Le CO est composé de membres de droit et de deux collèges : un collège de professionnels issus du soin et de la recherche et un collège de personnalités disposant de compétences ou d’un intérêt marqué pour les questions éthiques.
De janvier à juillet 2025, la démarche de recrutement, conçue et pilotée par la coordinatrice de l’EREGIN, Sandra Cayet, a été menée avec exigence et méthode, étape par étape, avec l’appui de Noélie Alvarade, psychologue du travail, chargée d’élaborer le processus de sélection en collaboration avec Armand Dirand, consultant en éthique. Après l’examen des dossiers de candidature, selon des critères établis en amont, des entretiens individuels ont permis de présenter les missions du CO, d’évaluer la démarche éthique et d’observer la posture des candidats. Dre Corinne Sainte-Luce, directrice adjointe de l’EREGIN, a joué un rôle actif aux côtés de Sandra Cayet et de Noélie Alvarade dans l’analyse des candidatures et la conduite des entretiens. Treize personnes, toutes issues du monde de la santé et de l’accompagnement des soins, ont ainsi été retenues. La prochaine étape consistera à recruter des membres issus des sciences humaines, afin de compléter la composition prévue par l’arrêté ministériel.
Constituer un collectif opérationnel
Ce processus rigoureux visait à s’assurer que les nouveaux membres soient non seulement compétents, mais aussi engagés, ouverts et désireux de s’investir bénévolement. Les qualités recherchées vont au-delà de l’expertise professionnelle : sens de l’écoute, sens de l’intérêt public, humilité, capacités à accueillir avec bienveillance la diversité des opinions et volonté de contribuer, de manière désintéressée, à la réflexion éthique collective. Chaque membre est sélectionné pour ses compétences et ses aptitudes personnelles, à titre individuel, et non pour représenter son établissement ou sa structure.
Dans cette dynamique, deux ateliers d’intégrations sont organisés les 2 et 10 octobre 2025 (voir encadré). Une première depuis la création de l’EREGIN en 2015, témoignant de l’importance accordée à la préparation des nouveaux membres du CO. L’objectif est clair : constituer un collectif opérationnel, réunissant des membres chez qui les compétences s’accompagnent d’un véritable savoir-être —écoute, éthique de la discussion, respect du débat contradictoire, sens du collectif et du service public — afin d’interroger les enjeux éthiques avec exigence et responsabilité.
Intégrer le CO : construire ensemble une posture éthique
Les ateliers d’intégration au conseil d’orientation sont organisés sur deux matinées, les 2 et 10 octobre 2025, et animés par Noélie Alvarade, psychologue du travail. Ils visent à accompagner les nouveaux membres du conseil d’orientation dans leur prise de fonction.
La première matinée est consacrée à la création des conditions d’un collectif éthique. Les participants sont invités à mieux se connaître, à identifier leurs ressources personnelles et leur rôle au sein du groupe. Ils expérimentent différentes postures d’équipe et réfléchissent à leur impact sur la dynamique collective, tout en engageant une réflexion autour d’une communication bienveillante et responsable.
La deuxième matinée permet d’élargir sa posture et de se situer dans le cadre éthique du conseil. Les participants explorent les freins intérieurs à l’écoute et à la discussion (jugement, valeurs, inconfort, réflexes, émotions), ainsi que les attitudes qui favorisent ou entravent la réflexion collective. Ils découvrent enfin l’implication attendue de chacun dans un espace de réflexion éthique.
Toutes les étapes des ateliers d’intégration, soigneusement préparées par la coordinatrice de l’EREGIN, contribuent à préparer une prochaine étape de formation en février 2025 sur l’éthique et la démarche de réflexion éthique. Celle-ci sera dispensée par Armand Dirand, consultant en éthique. Les participants pourront ainsi relier les aptitudes humaines et relationnelles explorées lors des ateliers d’intégration, avec les compétences attendues lors d’un débat éthique ou au cours d’une démarche de réflexion éthique (ce qui constitue le champ d’action d’un CO).
« Mon expérience en matière d’éthique s’est construite autour de l’enseignement du module « Ethique, Responsabilité » en IFSI (institut de formation en soins infirmiers) dispensé à des étudiants de première année avant leur stage au sein des unités de soins, entre 2002 et 2006. L’objectif était d’amener les étudiants à s’approprier les valeurs devant guider leurs pratiques professionnelles, tant dans la relation au patient que dans les interactions avec l’entourage et les équipes d’encadrement.
L’autre volet de mon expérience concernait la transmission des valeurs aux professionnels que j’avais à encadrer. Celles-ci— respect, bienveillance, bientraitance, professionnalisme et responsabilité— faisaient l’objet de temps de réflexion, tant lors des transmissions formelles que lors d’échanges informels. Face à des situations complexes ou problématiques, un questionnement éthique était systématiquement engagé avec les professionnels concernés et, le cas échéant, avec d’autres personnes ressources, afin de parvenir à la décision la moins « mauvaise » pour le patient.
Les deux ateliers d’intégration auxquels j’ai participé en tant que membre du CO (conseil d’orientation) de l’EREGIN m’ont permis d’approfondir ma réflexion sur le positionnement à adopter face aux enjeux et questionnements éthiques.
Je me suis inscrite dans une posture de « non sachant », consciente d’avoir encore beaucoup à apprendre, même si ces questionnements ont toujours traversé et guidé ma pratique professionnelle.
Pour ce faire, l’écoute des différents intervenants et des membres du groupe m’a paru importante pour comprendre leurs arguments, leur positionnement et apprendre à mieux les connaître. Les travaux de groupe ont permis de renforcer cette écoute pour parvenir à un consensus. Il fallait, en effet, tenir compte de l’avis de chacun, même si cela ne correspondait pas à mon propre avis de départ.
Parmi les exercices proposés lors de ces ateliers figurait la réalisation d’un blason collectif en groupe. Cet exercice a constitué une traduction concrète de la manière d’aborder le questionnement éthique de façon partagée et collaborative. À ma grande surprise, la réalisation du blason individuel faisait écho, en partie, au travail mené collectivement, révélant des valeurs et représentations communes.
Ces ateliers m’ont également conduite à une démarche d’introspection, m’amenant à interroger ma propre vision des situations. La réflexion autour des biais cognitifs et de la posture au sein du groupe m’a permis de questionner ma propre posture, ainsi que les attitudes à adopter lors des saisines.
La compréhension des comportements susceptibles de freiner la réflexion éthique m’a permis aussi d’être plus attentive, tant dans ma vie personnelle qu’au sein du groupe.
En définitive, une posture d’humilité et de questionnement constant me paraît essentielle pour aborder l’éthique en groupe. Elle favorise une réflexion collective et une prise de décision partagée, dans le respect du principe de « non-malfaisance ».
« J’avais déjà certaines compétences en éthique et en santé publique, mais ces ateliers ont été pour moi un rappel essentiel de la posture collective. Ils m’ont permis aussi de mieux connaître les autres membres du conseil d’orientation, d’appréhender et d’apprécier la diversité de leurs parcours, de leurs approches professionnelles et des visions éthiques qui en découlent.
Cette formation a permis de reposer les bases indispensables : la prise de recul, l’écoute, l’empathie, mais aussi les biais cognitifs qui peuvent fausser nos raisonnements.
J’y ai également trouvé une manière de me rappeler qu’il faut savoir se mettre à la portée de l’autre, voire rester silencieux lorsque nous ne maîtrisons pas un sujet. Et à l’inverse, même lorsque nous en sommes experts, il ne s’agit pas d’intervenir en surplomb, mais d’adopter une posture plus humaniste, tournée vers la construction collective d’une réflexion éthique, sans imposer sa vision.
J’ai désormais hâte de démarrer et d’être utile, car cette thématique est fondamentale dans mon secteur, le médico-social. Aujourd’hui l’éthique est le parent pauvre de nos structures : très peu d’ESMS (établissements et services médico-sociaux) disposent d’un comité d’éthique.
Au-delà de mon intégration à l’EREGIN, l’un de mes objectifs est de relier cette dynamique éthique à nos établissements. Dans un contexte où nos métiers deviennent de plus en plus exigeants et complexes, je suis convaincu que nous avons besoin de redonner du sens : se demander ce que nous faisons, pour qui, pourquoi et comment ? Sans cet espace de réflexion, les risques augmentent —risques psychosociaux pour les professionnels, risques de maltraitance directe ou institutionnelle pour les personnes accompagnées.
L’humain doit rester au centre de nos actions et de nos réflexions. Je suis persuadé que l’éthique est un outil précieux, au sein de l’EREGIN comme demain dans les ESMS, et je formule le vœu qu’elle puisse réellement se diffuser et se décloisonner dans nos établissements ».