26 mars 2026

Jeunes et réseaux sociaux : l’alerte des comités d’éthique

Dans une déclaration commune, le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) et le Comité consultatif national d’éthique du numérique (CCNEN) ont exprimé leur inquiétude à propos de l’impact des réseaux sociaux sur la santé des jeunes.

Le 23 février 2026, le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) et le Comité consultatif national d’éthique du numérique (CCNEN) ont rendu publique une position commune, diffusée sur leur site internet, consacrée aux jeunes face aux réseaux sociaux.

Ils évoquent en préambule deux récentes études : celle de l’ARCOM(1) qui rappelle que « plus de quatre jeunes sur cinq âgés de 11 à 17 ans utilisent tous les jours au moins une grande plateforme en ligne » et celle de l’ANSES(2), qui conclue que « les adolescents sont particulièrement vulnérables aux stratégies de captation de l’attention au regard de l’immaturité de leur cerveau .»

Les comités d’éthique s’inquiètent ainsi d’une  « conception toxique »  des réseaux sociaux et de ses impacts possibles sur la santé des utilisateurs, en particulier des plus jeunes. Ils dénoncent le fonctionnement même des plateformes : des algorithmes de recommandations qui sélectionnent, hiérarchisent et personnalisent en continu les contenus afin de maximiser le temps passé à l’écran et l’engagement. Lorsque ces contenus touchent à des vulnérabilités propres à l’adolescence – image corporelle, reconnaissance sociale, mal-être – les conséquences peuvent être amplifiées.

Selon les deux comités, « ces mécanismes peuvent conduire, chez les publics vulnérables, à la diminution de leur disponibilité aux apprentissages, à leur socialisation et à leur capacité de réflexion hors numérique ». Les effets ne seraient pas uniquement comportementaux, mais aussi sanitaires. Dans son rapport, l’ANSES évoque « des troubles de la santé, en particulier mentale, tels que des troubles anxieux et dépressifs (comparaison sociale permanente, pression de l’image, cyberharcèlement), des troubles de l’attention et du sommeil (utilisation nocturne, impact sur les apprentissages), et des atteintes à l’estime de soi et à l’image corporelle, incluant l’incitation aux troubles alimentaires, à l’automutilation et au suicide. ».

Liberté éclairée ​

Pour le CCNE et le CNEN, il ne saurait être question de faire peser la responsabilité de ces dérives sur les utilisateurs ou sur leurs parents. Les deux instances estiment que la charge incombe d’abord aux concepteurs des plateformes. Elles leur demandent de mettre en œuvre « des paramétrages protecteurs par défaut pour les plus jeunes et de préserver, dès la conception, l’autonomie réelle des utilisateurs, en leur donnant la capacité de contrôler les recommandations qui leur sont proposées par un paramétrage simple et accessible à tous. Cette protection pourrait être une mesure forte exigée par les États. »

Sur le plan éthique, les comités soulignent une tension centrale : protéger les jeunes des risques liés aux réseaux sociaux tout en respectant la construction progressive de leur discernement et de leur autonomie. L’enjeu n’est pas de restreindre leur liberté, mais de leur permettre d’exercer une liberté éclairée, fondée sur l’esprit critique et la capacité à faire des choix informés pour leur santé, notamment mentale.

Le CCNE et le CCNEN appellent ainsi à faire de cet équilibre un principe directeur dans la conception et la régulation des technologies numériques. 

(1) ARCOM : Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique.

(2) ANSES : Agence nationale de sécurité sanitaire. 

Partager sur 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

29 juin 2022

Don du corps à la science : création de comités d’éthique, scientifiques et pédagogiques

29 juin 2022

Guerre en Ukraine : pour une éthique de la fraternité à l’égard des personnes réfugiées

9 mars 2022

L’eugénisme, de quoi parle-t-on?

7 mars 2022

Rapport Pantère : retour d’expérience sur les enjeux ethiques de la crise covid 

shema adn à deux branches bleu turquoise - modification du génome humain

30 janvier 2022

L’édition du génome humain au prisme du questionnement éthique : une invitation à la réflexion

12 juillet 2021

Covid-19 : une enquête autour des enjeux éthiques dans le soin à domicile en Guadeloupe